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30/07/2018

Belle île en Mer

Belle île-en-Mer

Nous avons débuté le Brevet des Provinces Françaises au début des années 80. Nous avons évidemment étudié le petit guide édité par notre chère Fédération. Petit par sa taille (format de poche) mais ô combien documenté. Une richesse naturelle alimentée jadis par les expériences personnelles repérées sur le terrain par des cyclotouristes en voyage ou en randonnée. Du Bio, comme l’on dirait de nos jours… Nous y trouvions les bonnes maisons, les haltes vertes, les vélocistes, le valeureux Cyclo-Assistance-Fédérale et bien entendu le descriptif précis et complet des six contrôles BPF de chaque département, hormis la Corse et la région parisienne.

Notre pratique montagnarde nous a conduits naturellement vers les hautes cimes hexagonales. Les ascensions du Mt Ventoux, des cols d’Izoard, d’Iseran, du Tourmalet ou d’Aubisque se ponctuaient alors par l’apposition d’un timbre humide sur une des cases de la petite carte bleue. Mais à regarder de plus près ce merveilleux brevet, il y a aussi les sites maritimes : ces villes ou lieux géographiques situés en bord de mer. Et en guise d’exotisme nous apercevons même quelques pointages sur des îles. En mai 1984, lors d’un long voyage itinérant en Corse nous avons visité les six pointages de l’île de beauté dans la féérie du maquis en fleurs. Plus tard, il y eut les îles de la façade atlantique (Oléron, Ré, Noirmoutier) bien que reliées au continent par un viaduc, elles en demeurent néanmoins des îles !

Une destination insulaire attendait notre visite depuis presque quatre décennies. Et quelle destination : Belle-île-en-Mer ! L’hiver dernier des envies de Bretagne se sont fait sentir et l’arrivée du statut de retraité aidant, le projet de partir à la rencontre de ce lambeau de roche perdue dans l’océan s’est concrétisé rapidement. Le Golfe du Morbihan sera donc à l’honneur pour notre première année de jeunes retraités. Deux journées sont programmées pour la découverte de cette île qui a donné naissance à l’une des plus belles mélodies du répertoire de la chanson française.

Nos randonneuses sont confiées au personnel de bord pour un rangement en soute et nous prenons place sur le deuxième pont afin de ne rien perdre visuellement de cette traversée de 45mm. Rapidement Port Maria s’éloigne ainsi que la presqu’île de Quiberon où Louison Bobet avait investi ses économies. L’air est frais, le ciel d’azur et la mer d’huile ; que vogue la galère ! A mi-chemin malgré le contre-jour la silhouette de Belle-île est parfaitement identifiable. La ville de Le Palais et sa citadelle Vauban deviennent de plus en plus présentes dans notre champ visuel. L’entrée du port est minuscule. Le navire va-t-il pouvoir accoster ?

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Le Palais, l’entrée du port

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Port Goulphar

Nous voilà à quai. Nous y voici enfin sur Belle-île-en-Mer !

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Port Coton

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Afin d’éviter toute mauvaise déconvenue, je me rends immédiatement à l’Office de Tourisme afin de solliciter la pose d’un cachet sur la fameuse carte. Carte soigneusement préparée par Christine ! Avant de quitter le guichet de l’établissement, la ravissante hôtesse d’accueil me demande le numéro de mon département. Statistiques touristiques obligent. Je réponds le 30, le Gard. Elle me regarde en souriant et me demande de préciser la ville de résidence. La formulation étant si délicate et empreinte d’une grande courtoisie que je ne pouvais que répondre : Le Vigan. Elle sourit à nouveau et me déclare être originaire de Sumène, la patrie de notre ami Jack Sabatier !

Les premières pédalées sont laborieuses car il faut quitter le niveau de la mer afin de s’élever sur le plateau. Oh ! Une faible dénivellation mais qui se répètera régulièrement au gré des vallonnements insulaires et des escarpements de la côte sauvage.

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la plage de Donnant

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au gré de notre chemin

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paysage enchanteur

Cette première journée connut trois temps forts. La pointe des Poulains et sa presqu’île livrée aux redoutables tempêtes. La présence d’un phare accorde un brin de vie à cette lande sauvage et désertique. C’est précisément là que Sarah Bernhardt se plaisait à passer des étés, en tête à tête avec l’océan. Elle retrouvait peut-être ici les tragédies et les tourbillons de la vie qu’elle jouait sur scène ? Le petit village de Sauzon avec son port et ses maisons basses aux couleurs pastel nous a enchantés. Nous y avons consacré du temps afin de bien s’imprégner de cette image idyllique. La fréquentation touristique étant faible, la photographie a été aisée et notre déambulation simplifiée.

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la Pointe des Poulains 

Le petit village de Sauzon avec son port et ses maisons basses aux couleurs pastel nous a enchantés. Nous y avons consacré du temps afin de bien s’imprégner de cette image idyllique. La fréquentation touristique étant faible, la photographie a été aisée et notre déambulation simplifiée.

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le village de Sauzon

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soirée à la crêperie

Il était pratiquement 22 h, lorsque nous avons quitté notre table à la crêperie, le soleil tenait encore son rang dans un vaste ciel orangé. Malgré une journée bien remplie nous enfourchons une nouvelle fois nos randonneuses afin d’assister au coucher du soleil sur Port Coton, sur le site même où Claude Monet a réalisé trente-neuf toiles de son œuvre, à l’automne 1886. Une légère brise nous accueille. C’est un embrasement total de l’horizon que l’astre solaire caresse avec volupté. Les fameuses aiguilles, ses chicots rocheux émergeant des flots, sont là, en contrebas. Nos regards balaient lentement ce merveilleux décor en proie aux prémices de la nuit. Seuls quelques rayons rasants, encore puissants, l’autorisent à résister aux ténèbres naissantes. Instants merveilleux, précieux. Nous ne sommes pas seuls à contempler la magie de la nature mais le silence est de rigueur. Mouettes et goélands lancent de temps à autre un cri perçant. Le roulis de l’océan berce en douceur les contours de ce tableau éphémère qui se répète depuis des millénaires. Nous sommes tout simplement subjugués.

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Port Goulphar dans la lumière du soir

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crépuscule à Port Coton

Au matin du deuxième jour nous bavardons longuement avec notre hôte. Elle n’est pas belliloise de naissance mais a adopté cette vie insulaire depuis longtemps. Elle connaît les moindres recoins, a parcouru les sentiers en toute saison. Elle est intarissable. En l’écoutant, rapidement votre esprit vous murmure à l’oreille : « effectivement, il faudra revenir… ». En quittant le hameau du Petit Cosquet, nous mettons le cap au sud. Le centre de l’île est plaisant mais uniforme sur le plan paysager : bosquets, forêts, culture et élevage, hameaux et fermes isolées. Notre cheminement nous conduit jusqu’à la ville de Bangor. Avec son millier d’habitants elle fait figure de métropole ! Belle-île c’est 5500 résidents à l’année et 35 000 lors du rush estival !

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randonneuses en vagabondage et cyclotouriste en goguette

Notre première halte se fera à la pointe Saint-Marc. Nous suivons à la lettre les conseils de Mme Champeval afin d’atteindre ce promontoire face aux plages de Baluden et de Herlin. La démarche se répètera quelques kilomètres plus loin afin de gagner cette fois la pointe de Pouldon. Seuls sur cette avancée terrestre, nos yeux ne sont pas assez grands pour appréhender toute la richesse environnementale de ce panorama de 360°. L’océan est là, égal à lui-même, calme, presque paisible. Les falaises sont toujours aussi sombres malgré la belle lumière du levant. Les oiseaux marins virevoltent, se jouant des vents et des courants ascendants. Côté terre une splendide ria s’enfonce profondément, en toile de fond quelques maisons à l’enduit blanc et aux volets bleu clair. Une flottille de voiliers au mouillage complète judicieusement cette vision d’un monde maritime idéalisé. L’atmosphère est d’une grande limpidité, nos regards portent à des lieues à la ronde. Perdu dans l’espace, de temps à autre, une silhouette humaine retient notre attention. J’ai une pensée pour le Président Mitterrand qui au soir de sa vie se plaisait à parcourir la lande sur le sentier côtier. Il avait sienne la quiétude de ces grands espaces mais ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était le respect tout en discrétion des îliens. Ce sentier, ce fameux GR court sur 82 kms et se parcourt en quatre ou cinq journées, c’est sans nul doute la plus belle, la noble façon de découvrir ce joyau des îles du Ponant, ce merveilleux chapelet d’îles bretonnes.

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depuis la pointe de Pouldon

A la mi-journée nous arrivons à Locmaria, hormis sa belle église romane, le plus vieil édifice religieux de l’île, la bourgade nous laisse un peu sur notre faim.

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Locmaria, l’église baroque

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calvaire de pierre au bord de la route

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Locmaria, Port Maria

 

Une rapide descente nous conduit jusqu’à la plage. Nichée dans un aber, cette modeste étendue de sable doré baignée par des eaux d’un vert profond nous séduit. Nous lézardons un bon moment car le site est plaisant, charmant, dénué de tout superflu. Une végétation arbustive rappelant quelque peu le maquis corse s’aventure jusqu’à la surface de l’onde. Quelques baigneurs téméraires s’avancent dans cette mer qui pour nous autres méridionaux ne peut qu’être polaire ! Christine qui converse avec des locaux m’informe que sa température oscille entre 15 et 16° !

La boucle est presque bouclée, il ne nous reste que quelques arpents de bitume à glisser sous nos roues toujours enclins à la découverte, à l’émerveillement. Il s’agit tout simplement de la route côtière sur le flanc ouest, face au continent. Magnifique itinéraire où alternent forêts, points de vue, brutales plongées en bord de mer, suivies de « bugnes » mémorables. Et cerise sur le gâteau, à ce même moment, quelque part en Russie, les protégés de Didier Deschamps courent après un ballon rond…

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la route côtière

La voie est libre, la chaussée déserte, c’est d’un calme absolu. La plage de Port Andro incite à la rêverie. Il y a certes un bateau à prendre en fin d’après-midi, mais nous ne sommes pas pressés. Les deux journées consacrées à la visite de ce site BPF hors du commun ont été judicieusement distillées. Nous sommes parfaitement dans les clous, pas de panique.

 

nous doublons un phare

45 (Copier).JPGAu gré de notre pérégrination nous doublons un phare, figé dans cet environnement tout en mouvement. Il présente une taille moyenne et occupe la croupe d’une légère proéminence. Sa façade rouge et blanche se détache d’une sombre futaie de cyprès sans doute centenaire. Ses proches abords déroulent une immense prairie richement fleurie. A présent, une brise bien formée se plait à nous l’offrir sous la forme d’une harmonieuse houle végétale. Que du bonheur !  

A partir de Samzun, c’est une succession de plages. Les unes plus belles que les autres ! Le vert de la lande vient à la rencontre de l’azur de l’océan. Seul, le sable blanc du cordon littoral délimite ces deux mondes où tout diffère. Nous concluons cette belle série par la minuscule plage de la Ramonette, puis par l’enceinte fortifiée dotée d’une voie cyclable, nous retrouvons la ville de Le Palais.

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plage des grands sables

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cottage insulaire 

Nous profitons pleinement de cette fin d’après-midi dans les rues, sur le port de cette bourgade pleine de charme. Mon boitier numérique s’en donne à cœur joie pour ces derniers instants bellilois.

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nous retrouvons Le Palais et son superbe port

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Eugène Riguidel, une légende de la course au large

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gueules de marin

C’est toujours le cœur gros que nous quittons une île. Le navire appareille, puis s’éloigne. Christine entretient la conversation avec un groupe de séniors quimpérois en goguette. J’observe les îles Houat et Hoëdic, toutes proches, en rêvant à de nouvelles découvertes sur ce trait de côte breton qui me comble, me fascine.

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le ferry est à quai, départ imminent

La chanson de Laurent Voulzy s’invite en sourdine à l’inévitable mélancolie qui accompagne chaque fin de voyage. Puis apparaît comme une évidence, cette question qui vient se mêler au camaïeu de belles images maritimes capturées par mes rétines lors de cette odyssée sur deux roues : « Mais connaîtrons-nous un jour, Marie-Galante ? ».

L’air vivifiant du large nous saoule, nous enivre, alors que le navire se laisse bercer, tout en douceur, par une houle bienveillante. Christine me glisse discrètement à l’oreille ces quelques vers de Paul Valéry :

« La mer, la mer toujours recommencée !

Ô récompense après une pensée

Qu’un long regard sur le calme des dieux ! »

Texte et photos Guy Cambéssèdes

mise en page MFB

Écrit par LA - mise en page MF | Commentaires (0) |

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