Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

20/08/2017

LAVAREDO

  

Tre Cime di Lavaredo

sac à dos.pngCe matin les randonneuses sont restées sagement dans le garage de l’hôtel. Ce sont les chaussures de montagne et le sac à dos qui sont à l’honneur pour une escapade hors du commun : le tour pédestre des trois cimes de Lavaredo.

Ces trois pics effilés comme des canines géantes sont l’emblème des Dolomites. Parler des montagnes du Sud-Tyrol italien sans les évoquer serait une véritable injure, une offense à cette région des Alpes.

1 (Copier).JPG

Nous les avions brièvement découvertes lors de notre passage à l’an deux mille. Mais sur un raid tel que Thonon-Trieste, il n’est pas toujours aisé de faire du tourisme. On jette un coup d’œil, quelques photos, on s’imprègne du lieu, puis on repart car la route attend… Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. La journée entière est consacrée à ce joyau des Dolomites. Le parking du refuge Auronzo commence à se remplir allègrement. Après vérification du matériel nécessaire, j’emprunte le sentier qui court au pied des immenses falaises.

2 (Copier).JPG

Bien sûr, je choisis un sens de rotation qui me permettra de découvrir le panorama plus enchanteur, le plus majestueux en deuxième partie… Cette sente circulaire embrasse un vaste horizon. Juste sous mes pieds le lac de Misurina, semble bien minuscule. Plus loin, c’est l’imposant groupe du Sorapiss, puis tout proche de cette route tant redoutée par les cyclistes, c’est le très esthétique groupe di Cadini. Un ensemble de fines pointes de roche qui s’élancent à l’assaut du ciel. Avec en prime, aujourd’hui, l’éclat de la blancheur du calcaire qui resplendit dans une belle lumière. Au-delà de la Forcella del col de mèdo, les bipèdes munis d’un deux roues sont priés de s’abstenir. Ce qui est parfaitement compréhensible au vu de l’affluence touristique et de la largeur du sentier !

Très rapidement un choix doit s’opérer : soit emprunter le cheminement qui passe au pied, au plus près de la base de ces célèbres falaises, soit opter pour un itinéraire qui s’écarte de ce sublime triptyque minéral, qui bien-sûr délivre des vues extraordinaires. Nul besoin des services d’un institut de sondage pour influencer mon itinérance. Le sentier semble s’égarer dans l’alpe, une myriade de fleurs freine ma progression tant l’abondance de gentianes, de rhododendrons tapisse cette pelouse alpine.

3 (Copier).JPG 4 (Copier).JPG

5 (Copier).JPG

Au creux d’un vallon, un petit lac réceptionne les eaux de fonte. Quelques enfants s’y baignent sans retenue. La température de l’air est bien agréable, celle de l’eau doit l’être moins. A main droite, peu à peu, la féérie s’installe, les trois cimes se détachent dans l’espace, de taille presque identique et bien distinctes les unes des autres. Je suis maintenant face à ces parois lisses, présentant un dévers contraire aux lois de la pesanteur. Elles ont constitué un des derniers gros obstacles de l’alpinisme. Leur conquête a donné lieu à d’âpres luttes entre grimpeurs de divers pays.

6 (Copier).JPG

7 (Copier).JPG

Les Dolomites constituent une étape importante dans l'histoire de l'alpinisme. L'allure majestueuse des sommets, en dépit de la faible altitude, la verticalité des parois, souvent surplombantes ont toujours attiré les alpinistes. Avec l'apparition des techniques de l'escalade artificielle, les voies du sixième degré ont été parcourues pour la première fois, entre 1920 et 1925, par des alpinistes allemands (E. Solleder et G. Lettenbauer à la Civetta) ; ensuite, à partir de 1930, les Italiens (E. Comici, R. Cassin) gravissent les dernières faces nord. Les Français ne sont pas en reste dans cette apogée de l’escalade : du 6 au 11 juillet 1959, en six jours, René Demaison et Pierre Mazaud viennent à bout des 500 m de la directissime à la Cima ouest di Lavaredo. Alors que nos jours, avec les techniques de grimpe moderne un alpiniste de renom peut enchaîner les trois faces en moins de vingt-quatre heures.

8 (Copier).JPGC’est un grand opéra vertical à ciel ouvert où victoire et tragédie occupent le devant de la scène depuis près d’un siècle. J’observe quelques cordées collées à la paroi, leur progression semble nulle au regard de l’immensité de la falaise. Ici, l’être humain se mue en de minuscules insectes à peine visible..

Le refuge Locatelli occupe mon champ visuel depuis un bon moment. Cette imposante bâtisse perchée sur un col pierreux m’a toujours attiré. Aujourd’hui, je vais pouvoir enfin toucher mon « graal ». Je ne suis pas le seul dans ce cas, des milliers de promeneurs arpentent cet itinéraire autour du Saint des Saints de ce massif des Dolomites. J’arrive enfin à hauteur d’une grande plateforme constituée de lapiaz. Le refuge est là, dans un décor exclusivement minéral. Cela fourmille de toutes parts, la terrasse est comble, aux abords groupes et familles s’adonnent aux joies du pique-nique. Un peu en retrait quelques grimpeurs fourbus par un effort, sans doute prolongé, dorment à poings fermés dans le confort douillet de leur duvet. Le tumulte qui les entoure n’a aucune prise sur eux. Dans les heures précédentes ils ont sans doute connu l’extase ou l’enfer, mais à l’instant présent, c’est la « paix des braves » qui les habite !

9 (Copier).JPG

En ces lieux, le temps s’écoule toujours trop rapidement. J’engage donc la partie finale. Un large chemin monte tout en douceur jusqu’à la forcella Lavaredo  (2450m), ce col, où j’avais posé les roues de ma randonneuse un certain onze juillet de l’an deux mille. La perspective de ces pics est vraiment fascinante. Je marche mais mon esprit est ailleurs tant la splendeur du lieu s’impose.

10 (Copier).JPG

11 (Copier).JPGAu sommet de la forcella, je contemple une dernière fois ces vertigineuses parois. Sur le faîte de la « cima petita » la silhouette de deux alpinistes se détache dans le ciel. J’ose imaginer leur joie, leur fierté.

12 (Copier).JPG  13 (Copier).JPG 

14 (Copier).JPGA quelques mètres de mon objectif, trois enfants se donnent la main tout en levant leurs bras au ciel. Signe de joie, d’espoir, d’espérance… J’immortalise cet instant magique.

J’entame la descente vers le refuge Lavaredo. Le chemin longe le bas des falaises, je m’arrête quelques instants devant la chapelle de la Trinité. En fond de vallée, apparaît le barrage et la retenue artificielle d’Auronso-di-Cadore, ce sont des souvenirs qui rejaillissent alors de ma mémoire.

15 (Copier).JPG

Au refuge Auronzo, je retrouve Christine. Nous prenons une collation dans la vaste salle à manger de cet établissement connu dans le monde entier. Sur les murs photographies et peintures de montagne donnent le ton. Au-dessus de la porte d’entrée, un maillot rose rappelle qu’en ces lieux, le cyclisme a le droit de cité. Les infernaux lacets qui mènent à ce nid d’aigle ont reçu le « Giro d’Italia » pour la première fois en 1967. L’année suivante Eddy Merckx a écrit l’une des plus belles pages du cyclisme moderne. Ce jour-là, le « Cannibale » a tout simplement vaincu la pente, la neige et ses adversaires !

16 (Copier).JPG

Il est vingt heures, depuis la terrasse de l’hôtel nous assistons à la fuite du jour, la lumière s’estompe dans la douceur du soir. Peu à peu les eaux du lac de Misurina se teintent de rose, de parme, de violet. Les falaises du Sorapiss adoptent une parure semblable. L’imposant bâtiment de l’institut Pie XII, à l’autre extrémité du lac, complète ce magnifique décor. Tout est calme. Sans échanger la moindre parole, nous formulons le souhait qu’un jour prochain nous aurons à nouveau la joie de revivre de tels instants… magiques, sensuels, intemporels.

Guy Cambéssèdes

17 (Copier).JPG

Texte et Photos Guy Cambéssèdes

Mise en page MFB

 

Écrit par LA - mise en page MF |

Les commentaires sont fermés.