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08/08/2017

Au pays de Fausto

 

Au pays de Fausto

 

Sur la longue route qui nous a conduits jusqu’ aux Dolomites, nous avons fait une pause, à Castellania dans la région du Piémont. Cette modeste bourgade est située au nord des Apennins, entre Milan et la côte Ligure. Elle occupe le sommet d’une colline couverte par la culture de la vigne. C’est ici que Fausto Coppi est né le 19 septembre 1919. Le village et la mémoire du « campionissimo » sont étroitement liés dans un décor et un parfum empreints de nostalgie et de mélancolie.

Nous n’avons pas connu la carrière de ce coureur cycliste d’exception, nous étions l’un et l’autre bien trop jeunes, lorsqu’il est décédé, le 2 janvier 1960. C’est au travers de la littérature cycliste que nous avons découvert ce « montre sacré » du cyclisme. Cela, nous tenait à cœur, de venir sur cette terre piémontaise qui l’a vu évoluer au cours de sa courte vie. Après Novi-Ligure la route quitte la vallée de la Scrivia, modeste affluent du Pô pour grimper la colline. Elle passe par Villalvérnia, Carezzano et puis enfin Castellania. Elle s’arrête là, en cul de sac.

En ce début d’après-midi caniculaire de juin, rien ne bouge. La bourgade sommeille sous un ardent soleil. Dès le premier instant, le ton est donné, Fausto est partout mais avec une présentation et un ordonnancement de qualité.

Nous éprouvons un sentiment mitigé entre le recueillement, l’admiration et la tristesse. Cette mise en scène est à la hauteur de son riche palmarès. Mais elle demeure sobre et mesurée comme l’était Coppi. Castellania ressuscite donc à sa façon le double vainqueur du Tour de France. Les quatre cents âmes du village vivent le passé au présent. Ici vivait Fausto Coppi.

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l’entrée du village                                          le rose, annonce la couleur

Outre le grand panneau annonçant l’entrée de la bourgade, un transformateur électrique repeint en rose pour le récent passage du « Giro d’Italia », annonce la couleur. La rue qui mène à la maison natale porte évidement la plaque « via Coppi ».

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la casa Coppi                                           une simple plaque

La maison de famille et la ferme attenante ont été réaménagées telle qu’elles étaient lorsque le coureur y vivait. Une partie en habitat traditionnel, une autre en musée. La façade regarde les collines où Fausto a pédalé des milliers d’heures. Ici, le travail de la terre a toujours été l’activité principale. Les vignes parfaitement taillées sur les flancs du relief produisent du « nebbiolo », un cru local.

 

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Fausto, est partout

Les murs de la chambre sont bleu clair. Les meubles sont rustiques, en bois patiné par le temps. Un fusil de chasse appuyé contre la commode rappelle sa grande passion. La vieille radio est prête à grésiller pour retransmettre ses exploits. Le maillot « biancoceleste » de l’équipe Bianchi est étendu sur une chaise. Rien n’a changé. On s’attend à voir surgir Fausto, le visage émacié, avec ce rictus de souffrance qui l’accompagnait. A Castellania le mythe revit.

La partie musée est richement dotée avec notamment le vélo du record de l’heure. Cette machine qui a roulé sur les planches du Vigorelli de Milan. Juste à côté, son cuissard, son casque à boudin et ses fines chaussures de cuir noir. Des maillots : jaune, rose, arc-en-ciel.

 

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 celui du record l’heure                                           et ceux de la route

Des photos et des peintures. Et puis, toutes les « unes » de la « gazetta dello Sport », chères à tous les « tifosi » de la péninsule italienne. Des affiches géantes de la Bianchi avec le portrait de Fausto au milieu de ses équipiers. Les « gregarii » comme il est coutume de dire de l’autre côté des Alpes. Sur trois niveaux le visiteur est plongé dans cette ambiance sportive des années de l’après-guerre. Biagio Cavanna, son célèbre masseur atteint de cécité, mais aussi son ami et protecteur, n’est pas oublié. Un espace lui est d’ailleurs dédié.

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les « unes » de la Gazetta                                       avec Biagio Cavanna

Le silence est lourd. Ici vivait le « campionissimo ». Il aimait regarder au loin les montagnes qui barrent l’horizon vers Gênes. Lorsqu’il s’entraînait, il partait souvent en direction de la côte Ligure. Il a commencé à pratiquer le vélo afin d’aller travailler, comme apprenti charcutier. Il quittant le village à l’aube pour se rendre à Novi-Ligure et rentrait pour chaque repas. Soit soixante-dix kilomètres journalier sur une route autrefois de terre qui se cabre à l’assaut de cette colline rebelle. Une côte, sèche et raide qu’il a gravie des centaines de fois.

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ses routes d’entrainement

A deux pas derrière la maison se trouve un mausolée. Un croix en fer rouillé et une icône en marbre sur laquelle, en surimpression, figure un dessin stylisé de Fausto embrassant son frère après une victoire. Sa vie fut constellée de drames. La vision de la tombe des deux frères est douloureuse. Deux hommes morts avant que n’arrive leur heure, comme en témoignent les inscriptions : Fausto Coppi (1919-1960) – Serse Coppi (1923-1951). Leurs dépouilles furent transférées en 1969 du paisible cimetière de San Biaggio. Ils reposent désormais dans deux sarcophages surplombés par un monument en béton gris. Placé sur un socle devant les tombes, le buste en bronze de Fausto fixe le visiteur. Son expression est celle de la souffrance. Des ex-voto sont déposés au pied de la stèle. Un portrait orne chacune des deux tombes … Celui de Fausto, c’est la Dame Blanche qui l’aurait déposé … C’est ce qu’il se dit, comme si la seule évocation de cette mystérieuse femme était interdite.

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 le mausolée

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 les deux frères unis dans la mort

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 le portrait de la contreverse

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ce buste qui fixe le visiteur 

Derrière, trois grandes plaques de bronze égrènent les victoires de Coppi. Des lignes et des lignes de triomphes – qui ne l’ont jamais comblé : il ne levait pas les bras sur la ligne. Sur le site, en retrait du monument funéraire, un petit bâtiment vitré recueille des souvenirs de sa carrière. Des photographies en noir et blanc. Un de ses vélos. Des dizaines de maillots, ceux en coton qu’il enfilait sur ses épaules décharnées. Mais aussi, ceux offerts par tous les plus grands champions de ces dernières décennies.

 

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Tout est là, figé. Le temps ne semble plus avoir de prise … C’est ce qu’on appelle la légende.

Texte et photos Guy Cambéssèdes

Mise en page MFB

 

 

Écrit par LA - mise en page MF |

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