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30/09/2016

La Baragogne

Connaissez-vous la baragogne ?P1250572 (Copier) (Copier).JPG

LA BARAGOGNE

Dans des temps très lointains, à Saint-Christol, il y avait une baragogne.

Plus terrifiante que le babau, plus méchante que la roumèque, elle vivait dans un puits où les saint-christolaines allaient remplir leurs oules et les saint-christolains leur pichet d'eau pour colorer le pastis.

La plupart du temps, elle se tenait tranquille, la gueule fermée et les yeux clos.

Mais quand un enfant n'était pas sage, que ni punitions ni sermons ni fessées n'avaient pu le corriger, elle ouvrait ses paupières vertes, elle grimpait hors du puits et là, elle ouvrait son immense gueule rouge tapissée de dents jaunes. Les écailles verdâtres dont son corps était couvert dégageaient une odeur nauséabonde et elle se laissait retomber sur le méchant enfant et l'emportait au fond du puits pour le dévorer à son aise.

Et, se retournant vivement, elle replongeait comme une énorme couleuvre dans le puits. On ne voyait plus que bout de sa queue fourchue et puis, plus rien...

Tous les enfants avaient peur de la baragogne.  Sauf un.

On l'appelait Calandras. Parce qu'il était vraiment méchant.

Dès qu'il y avait une bêtise de faite, un méfait accompli, un larcin découvert, un animal estropié ou une cruche cassée, ce n'était qu'un seul cri : C'est la faute à Calandras ! La baragogne le mangera !

Mais il s'en moquait bien et continuait en ricanant à voler les œufs dans les poulaillers, à couper les raisins avant qu'ils soient mûrs et à montrer son derrière aux vieilles qui sortaient de l'église.

Mais celui qui ne s'en moquait pas et qui avait grand peur, c'était son frère jumeau qu'on disait le Bravet, tellement il était gentil et serviable et poli que c'en était un bonheur. Il était aimé de tous et même des animaux. On ne savait pas comment, mais même les taureaux sauvages et noirs ne le chargeaient pas et venaient manger dans sa main. Malgré toutes ses bêtises et ses mauvaises paroles, il aimait son frère Calandras et il vivait dans la peur que la baragogne ne l'emporte au fond du puits pour le dévorer.

Ce qui arriva un jour et n'étonna personne.

Quand Bravet appris la nouvelle en revenant de la vigne où il avait travaillé toute la journée, il se précipita vers le puits, se pencha sur la margelle et appela :

- Baragogne ! Baragogne !

Une voix très désagréable monta des profondeurs noires en même temps qu'une odeur pestilentielle :

- Qui vient me déranger juste au moment où j'allais commencer mon repas ?

- C'est moi, Bravet, le frère de celui que tu vas dévorer !

- Toi aussi, tu as fait des bêtises ?

- Non. Mais j'ai une proposition à te faire.

- Tu veux le remplacer ?

- Non, dit Bravet. Mais je sais qu'il y a fort longtemps que t'as rien mangé et tu dois avoir grand faim. Et mon pauvre frère n'est pas très gras, tu n'en feras qu'une bouchée et ensuite tu auras encore plus faim. Je te propose de t'emmener un autre enfant dix fois plus gros et cent fois plus méchant, tu en auras pour ton estomac !

- D'accord, dit la Baragogne, mais ne tarde pas ! 

Quand Bravet revint, la Baragogne était sortie. Elle tenait serré sous son ventre le pauvre Calendras qui pleurait et se lamentait et promettait de devenir le plus gentil des enfants.

- Alors, dit la Baragogne, où est cet enfant si gras et si méchant ?

- Lâche mon frère, dit Bravet.

La vilaine bête repoussa Calendras qui s'enfuit en hurlant, laissant derrière lui un sillage de salive verdâtre.

- Voici ta nourriture, dit Bravet.

On vit s'avancer un énorme enfant, presque aussi grand que le clocher de l'église. Ses vêtements étaient tellement serrés qu'ils semblaient prêts à éclater. Ils étaient fait de cent et cent morceaux comme ceux du Pétassou. Il avait un chapeau enfoncé très bas et on ne voyait pas son visage. Il avait d'une drôle de façon de marcher, comme s'il avait quatre pattes au lieu de deux jambes.

- Il n'est pas très appétissant mais il est fort gras, dit la Baragogne.

Elle ouvrit sa large gueule rouge et la referma sur l'enfant gras.

Et le recracha :

- Aïe ! Aïe ! Aïe ! Hurla-t-elle. Ce n'est qu'un mannequin !

Et elle se mit à cracher comme des pépins toutes les souches ont il était fait.

- Tu m'as trompé ! Hurla-t-elle, mauvaise. Mais avant que je ne te dévore, dis-moi comment as-tu fait pour le faire marcher ?

- On m'a aidé ! Dit Bravet.

- Qui ? Éructa la Baragogne.

- Lui ! Dit Bravet en montrant un taureau noir qui grattait le sol de la place et qui, d'un coup, fonça sur la Baragogne, la fit virevolter sur ses cornes et la précipita dans le puits où elle disparut.

Il y eut des éclairs et de la fumée et quand elle se dissipa Bravet s'aperçut que le puits s'était refermé et qu'il avait disparu. Où se trouvait-il ? Nul ne s'en souvient. Mais attention à ne pas trop faire de bêtises, il pourrait peut-être se rouvrir... 

René Escudié - 09.2010

Et c'est ainsi que traditionnellement, à Vauvert, en fin de repas, avec une banane on confectionnait la baragogne pour les enfants.

Démonstration par Christine C.

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En image c'est sympathique, mais racontée par Christine avec l'accent de Vauvert, ça devient une histoire, ô combien passionnante, même pour les grands !!! ...

photos Guy C.

Mise en page MFB

 

 

Écrit par LA - mise en page MF | Commentaires (0) |

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