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07/07/2016

Carcassonne - Pyrénéees 2000

Le challenge !

Carcassonne-Pyrénées 2000 : suivre, à quelque chose près, le fleuve, à contrecourant d’abord, pour se laisser glisser avec lui ensuite. Traverser ce département aux multiples visages, où toutes les disparités sont présentes. Plaines de vignes, garrigues, coteaux féconds, falaises lézardées, forêts centenaires, causses déserts et sommets pyrénéens, voilà l’Aude.

UIMGP6778.JPGne 1ère pour Jérôme, une virée de plus pour Georges et une neuvième pour moi. Une habitude en somme, mais cette fois avec les doutes qui m’accompagnent.

Depuis plus d’un an j’y pense, j’appréhende la préparation, j’ai peur que mon « compagnon » d’existence, Parkinson s’énerve, refuse, me contredise, se fâche avec moi et m’interdise ce challenge le jour J. Voilà ma crainte.

Georges qui se souvient d’un certain B.R.A (Brevet des Randonneurs Alpins) veut m’accompagner comme nous l’avions accompagné, Marc et moi, sur ce fameux brevet Alpin. Jérôme veut depuis pas mal de temps, faire un périple un peu fou avec moi. Ils deviennent, tous deux, une escorte pour le tandem que je forme avec mon compagnon.

C’est sous les remparts de Carcassonne en bordure de l’Aude que je file vers les Corbières, au milieu des vignes tout justes éclairées par la lumière du jour où le soleil fait la moue !

Laissons la cité et la mémoire de Viollet-le-Duc, laissons la barbacane, laissons la porte d’Aude, laissons les 52 tours qui composent les fortifications, laissons tout ceci le temps d’un aller-retour dans les Pyrénées.

 

 

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L’accès aux Pyrénées ressemble à la rampe de la grande barbacane de la cité. On s’élève peu à peu, parfois par une pente assez raide en lacets, vers une première porte (les Corbières), simple barrière naturelle qu’il faut toutefois franchir.

Col de Valmigère, château d’Arques, les bains de Rennes et le ravitaillement après 55 km, voilà la 1re enceinte franchie.

Viens Bugarach et ses 1231 mètres d’altitude, point culminant des Corbières avec un semblant de nuage à son sommet. Sont-ils là, les esprits qui habitent ce lieu ? Mon compteur ne s’affole guère à son approche, aucune interférence contournant le dôme de Bugarach.

 

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Les seuls hics que je décèle sont mes jambes qui flageolent et mon compagnon de selle qui s’agite. A-t-il senti une onde maléfique pour commencer à m’embêter ? Le col de Saint-Louis, entre Aude et P.O. attire l’œil dans la descente vers Caudiès avec ce lacet où la route fait un demi-tour sous les arches d’un pont. Un ouvrage d’art pour franchir ce verrou, que j’intègre dans la carte mémoire de mon appareil photo avant de descendre vers la vallée du Fenouillèdes et passer le bourg de Caudiès.

C’en est terminé avec ce labyrinthe de vallées tortueuses et encaissées que sont les Corbières.

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La progression se fait lente sur cette grande route qui nous porte au Col de Campérié. Un coup d’œil à gauche et voilà la forteresse de Puylaurens (un des cinq fils de Carcassonne) dominant le village de Lapradelle. Cette citadelle, émergeant au-dessus d’une forêt de sapins, à près de 700 mètres d’altitude eu son heure de gloire dans la défense de l’ancienne frontière franco aragonaise. Le col de Campérié passé, nous dévalons sur Axat et la haute vallée de l’Aude.

IMGP6795.JPGVient le défilé des Gorges St-Georges, où Georges se sent à l’aise, aller savoir pourquoi.

Les cols se suivent, mais ne se ressemblent pas, des garrigues que parfument les senteurs d’un jardin rocailleux où les genets, explosent leurs couleurs jaune et verte, en failles des gorges profondes aux forêts sombres, épaisses.

Nous escaladons maintenant les 1ères rampes du Col de Jau, laissant, là, en bas, l’Aude s’échapper à nos yeux à chaque coup de pédale. Alors que l’eau de l’Aiguette se fraye un passage à travers la montagne, nous laissons la montée de Jau pour celle de Roquefort de Sault et le col de Garabeil. La fatigue et la morosité de mon incontrôlable « compagnon » ne vont pas m’aider beaucoup dans cette montée. Si bien que le doute me gagne et il me sera très difficile de joindre, le lieu du repas dans le petit village du Bousquet non loin du pic de Madres et ses 2469 m, sommet le plus haut du département de l’Aude.

Mon fidèle « compagnon » décide de s’agiter pendant cette pause. J’essaie de le contrôler, car il me fatigue et j’en ai déjà plein les pattes. Je me lance alors dans une concentration qui me permet de bien me ravitailler et par là-même récupérer. « Quand l’appétit va, tout va, » dit-on ? Il faudra en finir ensuite avec le col de Garabeil, suivi de celui de Moulis, où une rencontre avec deux cyclos me permet de récupérer un peu plus. Ces cyclos, « Diagonalistes» de surcroit, vont de Roquefort en Roquefort et, pour eux, Roquefort de Sault sera leur étape.

Il nous faudra grimper encore pour atteindre le plateau du Capcir et traverser Puyvalador embelli par de nombreuses jardinières fleuries. Formiguères puis le lac de Matemale et la laborieuse montée du col de la Quillane, nous feront rentrer dans Bolquères bien tardivement.

La voiture-balai n’est pas loin. Peu importe. Nous y sommes enfin.

Bien installés dans « l’ancienne Auberge », la récupération nous fait attendre, car mon indésirable « compagnon » m’agace. Alors que nous sommes quatre dans la chambre, j’essaie de le calmer pour ne pas réveiller mes amis qui dorment d’un sommeil parfois un peu ronflant.

Au petit matin, bien des questions se posent dans ma tête. Jusqu’où vais-je aller ? J’ai tellement envie de revoir les remparts de Carcassonne assis sur mon vélo. Suis-je raisonnable ? Pourquoi moi ? Des pensées égoïstes me taraudent le crâne, et même si j’arrive dans un 1er temps à quitter Bolquères, à franchir le Col de Mel, à passer les Angles, à frôler le col d’Ares, ces pensées reviennent à quelques pas du Port de Pailhères. La frustration me gagne. Jérôme et mon frangin s’en aperçoivent et me surveillent.

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IMGP6813.JPGJ’hésite un instant. Le camion-balai n'est pas très loin derrière et le Pailhères dans la brume devant. J’invective mon « compagnon », je lui fais comprendre qu’il faut me laisser tranquille, me laisser seul, le temps d’un col. Si le début du col est pénible, de nombreuses pauses me permettent d’avancer tant bien que mal, et la seconde partie du col prouve que mon insistance paye car mon « compagnon » s’est endormi. Jérôme m’ouvre la voie, escalade la route en lacets, et la couleur rouge du maillot de Larzac-Aventure apporte une touche supplémentaire à ce paysage dont on ne lasse jamais. La neige, encore présente par endroits, donne encore un plus, mais le vent, un semblant de grésil et le froid nous compliquent la bascule du col. On frôle les zéros degrés si ce n’est pas moins encore. On ne s’éternise pas comme d’autres années au sommet du col. On bâche et, vite, on file vers la station d’Ascou-Pailhères où à l’heure du repas, nous arrivons seulement au ravitaillement.

IMGP6818.JPGBien habillés pour la descente vertigineuse et rapide, nous voilà plantés dans la montée du col du Chioula, il faut rejouer du dérailleur et surtout débâcher car maintenant on transpire. « Si j’arrive à passer ce col c’est gagné ». Voilà à quoi je pense en gravissant peu à peu le Chioula. Pourtant, au passage du col, je m’appuie contre le poteau du panneau, toujours assis sur mon vélo, un malaise me surprenant un moment. Quelques pâtes de fruits données par mon ami Jean-Claude (d’Albi) accompagnées de paroles réconfortantes me redonnent la « pêche ». Le camion-balai pas loin de nous, nous voilà enfin à Roquefeuil pour le repas de midi, mais à plus de 14 h. Ouf, Ouf !

La suite sera une multitude de cols, Col de la Croix des Morts, Col del Teil, de la Babourade où l’on découvre sur un promontoire rocheux Le Château de Puivert avant t’attaquer les cols des Tougnets, de Festes pour traverser Limoux et retrouver l’Aude en compagnie d’une cyclote, Annick, esseulée qui finira la randonnée Carcassonne-Pyrénées 2000 avec nous.

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Il est difficile de transcrire le bonheur que j’éprouve, quand j’aperçois la cité de Carcassonne, « heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ». Le challenge que je m’étais donné est gagné, non sans mal ! Mais avec des amis comme Jérôme et Georges, tout devient possible et ce fut un bonheur partagé, même si cela parfois ne tenait qu’à un fil. Un périple comme celui-ci se prépare et pour cela je dois une fière chandelle à mon pote Bernard Martorell, avec qui je sors régulièrement.

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Carcassonne-Pyrénées 2000, quelle belle aventure et merci à toi mon compagnon de vie, j’apprends avec toi, j’apprends à être en tandem !

À quand la 10ème ?

Pierrot

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Texte et photos Pierre H.

Mise en page MFB 

 

 

Écrit par LA - mise en page MF |

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