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31/05/2016

Souvenir Emile Soulier

Dans l’ombre du Connétable

 

9 - Emile en compagnie de son ami Pierre Roques.JPGA l’initiative de l’association « les Amis du Randonneur » et de la « Confrérie du 650B », deux journées commémoratives ont été organisées dans les Cévennes Alésiennes à Chamborigaud. C’était, les 21 et 22 mai dernier, en souvenir de notre Ami Emile Soulier, le Connétable de Vabrelongue.

C’est le Nîmois Raymond Cros, membre actif des deux associations précitées qui a eu la judicieuse idée de mettre en place cette manifestation. L’émotion et le souvenir se sont conjugués afin de proposer deux parcours cyclotouristes sur ces routes cévenoles familières à notre cher Emile.

La première journée avait pour cadre la route des crêtes mise en lumière par le regretté Gustave Vidal qui organisait jadis une célèbre randonnée au départ de la cité minière d’Alès. Cette sortie taillée à même le granit du Lozère portait comme intitulé « la balade de Gatéan » comme un clin d’œil à Christian Divol, l’ami, le compagnon de route de Raymond Cros.

Egalement Nîmois, Christian Divol a roulé de nombreuses années avant que des ennuis de santé lui ôtent la joie, le plaisir d’effacer les kilomètres juché sur son fidèle destrier : Brin d’acier. Outre ses grandes qualités de baroudeur au long cours, Christian figure dans le monde de la littérature cyclotouriste comme l’une des plus fines plumes. Il a reçu d’ailleurs à cet égard, le Prix Charles Antonin en l’an 2000.

Cette journée s’est achevée sur une note culturelle avec la traversée du village de Pont de Rastel, le pays de Jean-Pierre Chabrol. Ecrivain, conteur, homme de radio, il a su magnifier la Cévenne avec tout le talent que l’on lui connaît.

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Pont de Rastel

Le deuxième volet de cette manifestation programmé le jour de la Saint Emile avait une consonance toute particulière. Dès le matin, le ciel s’était voilé d’un gris, triste et sale, comme à l’unisson du souvenir qui animait nos mémoires.

Par de petites routes lovées dans une végétation luxuriante notre cheminement empruntait les pas des « gueules noires » de ce bassin houiller qui rendit ses derniers soupirs avec la fin des « trente glorieuses ».

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Des villages certes, mais une vie éparse, dissolue presque inexistante. Une architecture ouvrière destinée à loger des familles souvent nombreuses, des bâtisses abandonnées, à la vente ou bien en proie avec une nature envahissante. Ce territoire reste marqué économiquement, socialement, paysagèrement, écologiquement et culturellement. A l’entrée du bourg de la Vernarède, une immense lampe de mineur rappelle cette épopée industrielle. Plus loin, ces quatre mots écrits en occitan : « mano négra – pan planco » (main noire – pain blanc).

Le château de Portes offrit un intermède, un instant récréatif à cette terne déambulation. Afin de rejoindre l’Affenadou, la route relativement descendante permit quelques instants un repos à nos muscles dans une ambiance fraîche et humide.

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les Amicalistes devant le chateau de Portes 

Nous étions dans la vallée de l’Auzonnet, celle qui a vu naître Emile, 70 ans auparavant, jour pour jour. Ces paysages qui ont bercé son enfance, et puis ces routes qui lui ont sans doute accordé ses premiers instants de liberté …

Les routes de son adolescence, de sa jeunesse, celles sans aucun doute qui lui ont donné le goût de l’aventure, de la randonnée. Celles qui ont patiemment forgé les contours d’un cyclotouriste. Et quel cyclotouriste !

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Emile, en toute liberté

Après avoir basculé le modeste mais respectable col des Brousses, la large vallée de la Cèze s’ouvrait à nos fougueux élans ; la mi-journée avançait alors à grands pas.

Devant la gare de Bessèges, un rendez-vous avait été fixé à la hâte, en toute simplicité ; et c’est bien souvent en pareille occasion que de bons moments voient le jour, sans artifice, ni préparatifs insolents.

5 - les retrouvailles de Besseges.JPG

les retrouvailles de Besseges

Comment parler d’Emile Soulier sans évoquer Paul Fabre et Albert Guy, pardon Eddius et Messire Albert ? Nos deux compères dispensés d’exercices physiques depuis quelques temps, ont rejoint le groupe, le « grupetto » serais-je tenté de dire. Tant pis pour les absents, ce genre de journée ne se renouvelle que rarement. Elles font partie des choses que l’on ne trouvera jamais à la vente sur le catalogue de la Redoute ou sur le site du « Bon Coin ». Une fois les présentations d’usage effectuées, les discussions allèrent bon train, du plaisir de la rencontre au souvenir de notre Ami. Et il est vrai que ce célèbre trio alésien a très souvent fréquenté ce réseau routier, ces contrées cévenoles. Emile, Paul et Albert, étaient indissociables. C’était aussi bien entendu, l’amitié, la camaraderie et une grande complicité.

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      Paul                                         Emile                                  Albert

Avec un phrasé simple et chaleureux, Paul a évoqué cette époque désormais révolue, leur connivence, leurs « grandes évasions », comme leur régulière tournée des bons restaurants de cette périphérie alésienne. Et comme toujours, Eddius a su trouver les mots justes avec un brin de fantaisie, de drôlerie et un zeste de mélancolie. Albert, à sa manière a aussi évoqué quelques anecdotes croustillantes.

Alors que les paroles d’Eddius s’envolaient dans l’espace à la manière des colombes d’Eluard, ma mémoire revisitait en sourdine une litanie de souvenirs personnels me liant à cet être discret et plaisant mais ne laissant à personne le soin de préciser sa pensée. Emile était un homme simple, le cyclotourisme en a fait un personnage. Des souvenirs de Pâques ensoleillés, d’une grimpée du col de la Luzette, le partage visuel d’un parterre de lys martagon sur les pentes sommitales de mon cher Aigoual, un mano à mano avec Pierre Roques dans le final ardu du col des Vieilles…

Sans oublier, les 9èmes rencontres des Amis du Randonneur au Vigan, en 2007 où spontanément il avait intégré la petite équipe de bénévoles afin que ces quatre journées deviennent mémorables. Une parcelle de cette belle réussite l’accompagne, là-haut dans l’univers minéral  du géant de Provence.

En remontant la vallée du Luech, sous une fine pluie printanière, dans la moiteur de mon poncho, les yeux embués par l’humidité ambiante ou tout simplement par l’émotion du souvenir, comment de pas reprendre en boucle les paroles du grand Jacques :

«  Adieu l’Emile, on t’aimait bien, tu sais … »

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Emile en compagnie de son ami Pierre Roques

Mes pensées s’adressent également à ses proches, à tous ceux qui l’ont apprécié, qui ont connu le bonheur de l’échange avec cet être parfois taiseux, doté d’une grande gentillesse et d’un subtil humour.

Un grand Merci à Raymond Cros, l’instigateur de ce rassemblement et à toutes et à tous ceux qui ont effectué un long, voire un très long déplacement afin d’être présents. 

 

Texte : Guy Cambéssèdes.

Photos : Jeanine Laurent et Guy Cambéssèdes.

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