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06/11/2015

L'ile de beauté

 

ELLE PORTE BIEN SON NOM  « L’ILE DE BEAUTE »

 

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« Avant d’embarquer, pour la Corse, venez passer une journée ou deux chez nous », disaient Martine et André. De grands amis anciennement Sauviannais et depuis peu Toulonnais, si je me permets de dire que la Garde fait partie de Toulon.

Nous profitons donc d’un jour et demi en leur compagnie, chez eux avec Gérard. Notre séjour commence ici. Une mise en jambe avec un regard du Mont Faron sur le littoral méditerranéen, la montagne dressant ses pentes juste derrière la ville de Toulon.  La rade est là sous nos yeux baignant la presqu’ile de Giens à l’est et celle de St’ Mandrier au sud. Une belle entrée en matière. Merci  Martine, merci André.  

IMGP5425.JPGLe Faron, le Goudon, le mont Caume, le Baou sont autant de sommets qui protègent la rade de Toulon, nous explique André. On y distingue d’ailleurs diverses fortifications militaires. Nous ferons aussi le tour des petits ports sympas comme celui de la presqu’ile de Giens en suivant la route du sel. Visite aussi de plages, comme celle des Oursinières au Pradet qui nous donne une belle vue sur la presqu’ile de St-Mandrier. Un petit port borde la plage de sable et de gravier. Une seconde plage de galets un peu plus loin forme une anse dans une grande anse. Voilà la mise en jambe terminée. Et maintenant, l’embarquement, pour une nuit sur les flots et un rêve qui devient réalité. Voilà la Corse.

 

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Monts baignés du feu solaire brûlant, que la proximité de la mer parvient à tempérer, du fait que ces montagnes y plongent dedans, force de l’eau transparente qui vient lentement glisser sur les plages, ou frapper la roche, diversité des teintes des rivages, des flots, des forêts, des rochers ; Scintillements mouvants que l’œil a du mal à embrasser en un seul mouvement la richesse des lieux, total dépaysement à quelques milles de nos côtes, voilà ce que nous sommes venus chercher, dans un cadre merveilleux et naturel. Une simple semaine pour un échantillon découverte de ce bijou qu’est la Corse.

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L’écume des vagues d’un instant, laissant tout à coup la place aux aiguilles de sommets les plus hauts. Du golfe de Porto au pied des Calanches de Piana, la magnificence est partout présente. Le charme du petit port où la flottille est au mouillage sous la garde de la tour Génoise, au cœur formé dans la roche vers les calanches, la route est pleine de découvertes, toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Si bien que nous sentons peu l’appui sur les pédales, alors que le dénivelé est important. Nous côtoyons les « amoureux des calanques » le fameux cœur, le « château fort » mais aussi « l’évêque ou le père », la « tête du chien », les « roches bleues ». Autant de noms donnés aux roches à physionomie particulière où durant, un instant me font croire que je suis transporté dans l’ouest américain.

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J’en oublie la randonnée cyclotouriste si bien que j’appuis là, près de la « tête de chien »  ma randonneuse et je file à travers les buissons, contournant les rochers aux formes extravagantes pour me retrouver en surplomb du golfe de Porto au milieu d’un chaos de pierres. La vue est dégagée et me permet d’admirer la mer surmontée de hauts récifs.  Alors que je suis seul sur ce caillou devant ce spectacle inouï, je me demande comment j’ai pu hésiter longtemps à entreprendre ce séjour. Certes, j’avais lu, regardé des photos et des cartes postales, surfé sur le net, vu de belles émissions télévisées sur cette région. J’avais aussi écouté les autres, les chanceux, ceux qui avaient fait une ou plusieurs fois des virées dans ces contrées. Non, je n’étais pas dans un monde totalement inconnu, mais il était resté virtuel, impalpable. Alors là, sur cette roche dominant ce golfe presque les pieds dans le vide, je saisis l’instant, je le savoure et j’en oublie un moment le temps qui passe. Je suis l’homme heureux !

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Je reviens vers ma bécane par le même sentier, et je retrouve Noëlla et Gérard sur cette D81, route étroite et tortueuse s’accrochant en corniche à des parois de granit qui tombent à pic dans la mer. Ici, une fois encore, Noëlla et Gérard m’attendent retardé comme toujours par les clichés. Et encore un. Enfin, nous entrons dans Piana dominant le golfe de Porto, faisant face aux îles de Senino et Scanola. Piana est un village curieux, aux maisons blanches pour la plupart disposées en amphithéâtre, dominé par l’église Sainte-Marie, où nous étions passé la veille en voiture pour descendre tout en bas, et où nous avions marché vers une crique de sable et de galets au nom de « plage de Ficajola ». Il faudra à Noëlla jouer de prudence dans cette succession de lacets sur une route étroite pour nous extirper de là.

Basés sur la commune de Tiuccia dans le golfe de Sagone, on se laisse attirer dans l’intérieur des terres vers Casaglione . A travers le Maquis parfumé par les effluves des eucalyptus, les Arbousiers commencent à rougir, la route s’élève et la flore évolue, le châtaignier et le chêne vert apparaissent.  Le village de Casaglione, très pittoresque et typiquement corse aux murs épais et fortifiés, avec son clocher roman qui surgit au-dessus des toits, nous amène à la découverte des terres corses.

Une 1ère découverte  que nous ferons en vélo, le lendemain de notre arrivée. Après un demi-tour, à cause d’une course de côte, nous prenons vite la mesure du terrain, il n’y a rien de plat, ou on monte, ou on descend et, côté pourcentage, on sera servis ! Nous pédalons dans un écrin de montagnes, non loin du golfe de Sagone. Cette mise en jambe nous mènera  à travers la garrigue aux milles senteurs jusqu’à Vico, vrai village corse assez vivant, agencé autour d’adorables petites places, où une fontaine apaisera notre soif, avant de filer vers le golfe de Sagone par le col Saint-Antoine. Comme l’épervier, on ondule, on alterne la pédalée et la roue libre, par moment rapides et d’autres courts, on se laisse glisser dans la descente et[] on plane, mais pas  pour surprendre les passereaux, simplement pour en prendre plein la vue.

La Corse c’est aussi une terre de liberté, pour les animaux. Porcs ou vaches, il n’est pas rare de les croiser sur les routes. Noëlla en fera l’expérience au détour d’un de ces innombrables lacets où une vache « faisait du stop » en plein milieu de la route.

Les Porcs nous accompagnerons, vers Corte et la Restonica. Comme si rien n’était, ils s’invitent au-devant de nous, creusant le sol fouillant du groin à la recherche de racines comestibles. L’un d’entre eux au sommet du col de Vergio sera plus téméraire et essaiera de soulager le coffre ouvert d’une voiture garée non loin de nous. Il faudra toute l’énergie possible au conducteur en utilisant sa veste comme fouet pour éloigner le malotru. A plus de 1400m d’altitude, il nous faut mettre la petite laine, et apprécier le panorama sur le lac  de Calacuccia baignant dans une lumière brumeuse. Une monumentale statue nous toise du haut de ses 9,50m(avec le socle), le visage sans trait le bras droit le long du corps et la main ouverte, le bras gauche plié vers le torse et la main semblant tirer sur le col de sa robe, comme pour respirer mieux où pour se protéger du vent balayant ce sommet.

Il n’est pas aisé d’arriver sur Corte. D’un côté ou de l’autre, c’est un col qu’il faut franchir. Ce jour-là, c’est pause vélo et encore une fois notre «  rallye girl » qu’est Noëlla, maîtrisera l’étroitesse de la route et la croisée avec des véhicules. Ensuite, ce sera une petite balade tout petons dehors, si l’on en croît les chausses de Gérard. Si les premiers pas se font aisément, plus nous montons et plus le terrain devient vite acrobatique même pour un assidu de la randonnée pédestre qui a laissé ses godillots au bercail. Il faut reconnaître que notre ami se débrouille bien en sandales, au milieu des roches et pierres. Il ose même un pas de danse, s’assied et vante Ses panards. Si vous voulez connaître le phénomène, il est facile à repérer avec un baudrier jaune fluo mit à la va-vite. C’est un modèle pour la future mode masculine !

Ce n’est qu’un petit bout de sentier que nous empruntons, et  quelques points de vue d’une intrigante beauté nous font regretter le temps qui passe et l’équipement resté en chambre. Il nous faudra revenir pour aller voir au-delà de cette barrière rocheuse mystérieuse.  La descente en voiture sera plus aisée, car à cette heure tardive, rare est le trafic montant.

Le lendemain, retour sur les pédales pour longer le littoral de l’extrême sud de l’île. Exaltés par l’eau turquoise qui nous encercle, nous découvrons les falaises de Bonifacio et sa forteresse. Un réel coffret contenant d’innombrables  trésors. Idéalement situé géographiquement sur un cap calcaire, l’histoire a marqué ce lieu par son architecture médiévale, ses légendes, son port, jusqu’au gouvernail de la Corse s’avançant dans les flots et faisant face à la Sardaigne italienne. Ces quelques kilomètres en vélo ce jour-là resterons inoubliables.

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Comme aux calanques de Piana, nous restons pantois devant un tel spectacle. Après une bonne grimpette, nous devons laisser les vélos. Attirés par le lieu c’est à pied que nous découvrons, le grain de sable (falaise calcaire rongée par la mer). Par un sentier, j’arrive sur une crique qui m’inviterait volontiers au farniente. J’ai le souffle coupé au sens propre comme au figuré, car j’emprunte l’escalier du roi d’Aragon jusqu’à toucher l’eau sous les falaises crayeuses surplombées par la cité de Bonifacio. Les marches d’hauteurs irrégulières ralentissent la marche des touristes. Il faudra que je baisse la tête pour me faufiler et m’extirper de ce lieu exceptionnel. Nous longeons, ensuite, l’enceinte de l’extrême sud de la ville jusqu’à ce fameux « gouvernail ». Le cimetière marin aussi fait partie de notre balade, un véritable modèle pour des artistes peintres. Devant ce panorama unique, nous décidons de puiser dans nos sacoches pour nous ravitailler avant de repartir en longeant  une fois encore la côte vers le golfe de Sant’ Amanza.

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Autre jour, autre lieu. L’intérieur des terres en vélo pour le col de Bavella, au cœur d’une forêt de pins tordus par le vent s’accrochant à des versants abrupts, avec en point de mire les aiguilles de Bavella. Ces pics déchiquetés d’une grande muraille nous montrent la direction à prendre pour s’en approcher. Nous passons des villages aux traditions pastorales, Auliène pris entre deux « pogs » Quenza et Zonza au pied du col de Bavella. Les arrêts seront nombreux dans la montée, à la faveur des formes sculptées par les temps et les couleurs changeantes, du gris sombre au gris clair, au vert des forêts de pins  Laricio. Une forme rouge s’échine lentement sur la route, elle progresse régulièrement vers le sommet avec application malgré l’effort. Une autre de même couleur la rejoint et ensemble ils sont le contraste avec la roche, le macadam et le vert des pins. La couleur rouge du maillot de l’amicale Larzac Aventure, loin de ces terres marque de son empreinte ce col.  Mon regard se porte sur les deux cyclos au-devant de moi, épousant le relief et les courbes de la route, je pense à cet instant précis a Jeanine qui me disait il y a peu « si tu vas en Corse, fais au moins la montée du col de Bavella » J’y suis, et pas seul, Noëlla et Gérard sont là à quelques mètres de moi, progressant vers les aiguilles de Bavella, oui je pense à Jeanine. Comme j’ai pensé à Christine et Guy dans Porto Piana, car Guy m’avait fait un topo sur cette cote-là. Alors vraiment merci à tous les trois !

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Enfin au sommet, on peut admirer des nuances de couleurs, un fabuleux contraste entre cette multitude de pics rocheux et une multitude de touristes dont nous faisons partie. Une statue de Notre-Dame des Neiges domine un petit plateau où le panorama est splendide. Ici aussi, il faudra revenir et se chausser pour aller voir « le trou de la bombe »Encore de quoi regretter le temps que nous avons.

On déplore le temps qui passe, surtout en vacance et encore plus quand cela n’est qu’une petite semaine pour découvrir un trésor. Entre la mer qui chante et les pics déchiquetés perçant l’azur, nous étions comme dans un rêve.

Le soir, assis en terrasse du mobil-home, la douceur de l’horizon sur le golfe de Sagone vient apaiser notre journée. Le coucher de soleil accompagne le repas « préparé » par Noëlla. Le petit vin de noix en apéritif ne fera pas la semaine et le B.I.B de Francis Pandier non plus. Devant nous, l’étincelante lumière de la mer nous éclaire jusqu’au moment, où la lune  montre son croissant et que divers insectes volant envahissent le pourtour du plafonnier, nous invitant à aller nous coucher.

Gérard aura le regret de l’excès de confiance qui l’avait mis en ma personne. Croyant être parti avec un guide hors pair, professionnel en quelque sorte, sachant tout sur tout*. Il faut maintenant que j’avoue ma méconnaissance en géographie, pour pallier à mes carences en ce domaine, je demanderai prochainement au bureau de Larzac-Aventure, s’il est possible de me financer des cours de géographie ou, du moins, un stage d’orientation, car apparemment, Gérard avait compris dans mes explications que nous partions dans les Landes.

Ce séjour, je l’espère, ne devrait être qu’une introduction en terre Corse. J’ai apprécié les caractéristiques originales et les visages divers de cette terre. Ils nous restent beaucoup à découvrir dans ce beau département, et je soupçonne la beauté sauvage d’autres lieux, avec d’autres  gorges, montagnes, côtes, plages……….. Région attrayante par l’infinie diversité de sites pittoresques. L’ile de Beauté par excellence.

A notre retour en terre Corse !

  • (un peu comme certaine personne qui sait tout sur tout en matière de Randonnée pédestre, n’est-ce pas ?)

Pierre H.

Écrit par LA - mise en page MF |

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